Ho, Ho, Ho, Louie.

Ayé ! Vous avez ressorti vos moufles, les rues s’emplissent d’un délicat fumet de cannelle et les premiers flocons de neige donnent un aspect de carte postale à votre pittoresque chez-vous. Et puis, pour occuper les soirées, vous vous glissez, dès la tombée de la nuit, à 14h30, sous un plaid, bien blotti(e) au fond de votre canapé, avec un chat sur les genoux et un thé. Parfois, ce con de chat fait que le thé est aussi sur les genoux, mais passons. Alors, pour occuper les moments qui vous séparent de l’obscène festin de fin d’année auquel vous allez certainement trop manger, vous zappez.

Est-ce que ça vous branche de revoir « Maman, j’ai raté l’avion » pour la 512ème fois ? « Rasta-Rocket » ? « Astérix le Gaulois » version dessin animé ? « SuperNoël » ? Les téléfilms niaiseux sur M6 ? Vraiment pas ? Les « bêtisiers » « inédits » (lol) ? « Le Père Noël est une Ordure » ? Non ?

Vous êtes difficiles.

Vraiment.

Bon, si vous lisiez un article « normal » sur un blog « normal », en cette période, vous tomberiez certainement sur un type qui vous dresse la liste des films les plus sous-estimés sur le thème de Noël, avec des films d’auteurs Norvégiens en VO non sous-titrée pour préserver l’intention comédique ou je ne sais quoi encore. Autant vous le dire maintenant : ce n’est pas au programme.

Alors, oui, j’aurai pu jouer la carte du mec subversif qui se ramène avec une suggestion de film d’horreur, histoire d’être relou jusqu’au bout. Un truc, genre « Silent Night, Deadly Night« , un slasher (genre de film dans lequel on suit un assassin solitaire, inarrêtable et qui tue ses victimes une par une à l’arme blanche de manière dégueulasse, genre « Vendredi 13″) nanardesque au possible sur l’histoire d’un gamin traumatisé par le meurtre de ses parents par un fou déguisé en Père Noël et qui bosse, après avoir été élevé dans un orphelinat religieux, dans un magasin de jouet. Super idée ! Les fêtes arrivent et le Boss du boui-boui a la bonne idée de proposer au mec de porter le costume rouge pour accueillir les petits nenfants. Forcément, le keum pète un plomb et se prend pour le Père Noël qui a tué ses parents. Là dessus, il se met en tête de « punir » ceux qui n’ont pas été sages cette année à grand coup de hache dans les gencives. Merry Christmas, Motherfucker !

Mais bon, si je fais ça, c’est Alison qui va m’estourbir avec une équitable dose d’esprit de Noël.

Donc non, je vais ranger au placard mon besoin pathologique d’être différent et je vais plutôt taper au milieu : on va parler carrément d’autre chose. C’est à se demander pourquoi je vous ai fait lire tout ça, hein ? (Indice, chez vous, à l’hospice : c’est parce que je suis un vilain garnement)

Maintenant que j’ai évacué toute trace de l’esprit de Noël dans votre esprit, pour cet article, on va se pencher sur une excellente série…

Louie

Louie est une série américaine du génialissime humoriste Louis C.K, qui, ces dernières années, s’est surtout illustré en obtenant son portrait au tableau de chasse du mouvement #MeToo pour une histoire bien cheloue de masturbation devant des femmes (consentantes, cela dit), treize ans auparavant. Mais bref, ce n’est pas vraiment la meilleure introduction possible à ce petit bijou télévisuel, même s’il permet de relativiser pas mal des thèmes abordés dans la série, ainsi que la manière dont ces thèmes sont exploités.

La légende raconte que, lorsque le directeur de la chaîne a commandé la série, Louis CK lui a demandé de s’abstenir d’en voir le contenu jusqu’au moment de la diffusion. Et puisque l’humoriste traîne depuis des années sur le devant de la scène, ce serait en toute confiance qu’il aurait laissé le champ libre à l’auteur.

Longue de 5 saisons, 61 épisodes de 23 minutes chacun, Louie est une série comique d’autofiction, largement inspirée de la vie de son auteur. C’est à dire qu’on y suit les péripéties de l’alter-ego de Louis C.K, « Louie », New Yorker quarantenaire divorcé et bedonnant, père de deux petites filles, loser ultime, incurable poissard et comédien de stand-up.

A la différence de la plupart des séries, Louie n’a pas vraiment d’intrigue majeure classique, avec un début, des péripéties et un épisode final qui dénoue toutes les problématiques et sur laquelle chaque épisode se construit. En fait, chaque épisode traite un thème différent, comme Dieu, le Divorce, la Masturbation (lol), la Santé (etc.) et met en scène Louie dans des situations quotidiennes absurdes et embarrassantes. Ce qui lie les épisodes entre eux, en fait, c’est l’inclusion très régulière de passages où Louie s’imagine des scènes rocambolesques (mention spéciales à la femme de l’ascenseur et à son sac de pénis. Ouais, un vrai sac de pénis, une bonne idée de cadeau pour Noël, tiens), ainsi que les conclusions qu’il tire de son quotidien, intelligemment exposées dans des segments de stand-up qui tapent toujours là où ça fait rire.

Si vous n’avez jamais vu un sketch ou un spectacle de Louis C.K, on pourrait qualifier son travail de « conscient/cru ». Le comédien n’accepte aucune barrière : il parle sans filtre, de manière imagée, sur tous les thèmes, y compris ceux qui ne sont pas politiquement corrects. Je dirai même que Louis C.K est une sorte d’observateur discret d’une implacable perspicacité, doté d’un regard qui met à poil les concepts pour en tirer une sorte de conclusion sur l’absurdité de toute chose.

Avez vous déjà eu la désagréable sensation que les gens dehors faisaient du bruit exprès pour vous réveiller ? Louie, oui.

Louie, c’est pareil. C’est l’histoire d’un mec qui a la lose totale et qui réalise que le monde dans lequel on vit est insensé. Et toute cette incohérence, Louis C.K la restitue au travers d’une série absurde, avec des scènes très lentes, saupoudrées d’un jazz tranquille à la Woody Allen, pour que l’on puisse bien percevoir le malaise, la gêne et l’incompréhension. Mais attention : absurde ne veut pas dire stupide. Le ton de la série alterne constamment entre le rire et le drame, et elle le fait avec une intelligence et une pertinence étrangement précise. C’est fort probable que chaque spectateur sorte d’un visionnage avec la sensation d’avoir réfléchi à un truc, en plus de s’être bien marré, bien que la série soit bien loin d’être moralisatrice, chaque épisode étant dénué de leçon, contrairement à ce qu’on pouvait retrouver dans des séries comme Scrubs, par exemple. Enfin, disons que lorsque le personnage tente de faire passer une leçon importante à sa fille, sur le partage, par exemple, et qu’il entame une tirade ressemblant à « la seule fois où tu devrais regarder dans l’assiette de ton voisin, c’est pour t’assurer qu’ils ont assez, pas pour t’assurer que tu as la même chose qu’eux », Louie capitule très vite…

Louis C.K disait en interview : « le monde dans lequel on vit est mieux que ce qu’il pourrait être. Bon, il y a des meurtres et la guerre, mais il pourrait y en avoir beaucoup plus. Quand je vais à Disneyland, je suis étonné de voir que les gens ne se tuent pas dans les files d’attentes avec des petits poignards et qu’il n’y a pas, genre, 50 meurtres à Disneyland par jour ». Bah voilà, ça résume un peu l’esprit de la série.

Bref, je ne veux pas vous gâcher la surprise outre mesure : entre son docteur complètement cinglé, ses « copines » difficiles et idiotes, ses potes idiots, et les inconnus qu’il croise, l’image qu’il a de lui, Louie est une mine d’or de moments drôles au possible.

 

J’ai aussi regardé ça

Rick & Morty 

Un dessin animé sur les aventures inter-dimensionnelles d’un grand-père, Rick Sanchez, plus grand scientifique de l’univers, un homme manipulateur et dépravé, et son petit fils, Morty, un gosse timide et idiot. Thèmes et humour d’adulte, particulièrement cynique. Un bon moment de rigolade et une vision de l’univers hilarante. Dispo sur NetFlix.

 

Docteur Patch

L’histoire authentique d’un ancien patient en psychiatrie qui découvre que le rire est un excellent médicament. Brillant, il fait médecine et chamboule les codes rigides de l’institution, dans le but de créer son propre centre de soin. Le rôle principal est interprété par le regretté Robin Williams, l’histoire est prenante et émouvante. Sortez les mouchoirs, c’est un film magnifique. Dispo sur NetFlix dans une bien meilleure version que la bande-annonce ci-dessus.

 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes fêtes. Faites gaffe à l’indigestion et profitez bien de ces moments.

7 commentaires sur “Ho, Ho, Ho, Louie.

  1. Super article je me suis déja bien marré en le lisant, je vais allez jeter un oeil sur la série et regarder le film de Robin williams que je ne connais pas merci pour cet article et à suivre….. hâte de découvrir d’autre chose.

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  2. J’ai déjà vu son one man show mais je n’ai pas regardé la série ! Et par contre j’ai vu Dr Patch et c’est un film vraiment magnifique !

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  3. Personnellement, je ne connais cette série mais, j’ai un réel plaisir à te lire… C’est délirant, tu me donnes vraiment la pêche de bon matin… Au plaisir de lire ton prochain article… Oh fait, bonne année !!!!

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